Les rêves prémonitoires sont l’une des formes les plus communes de la précognition. Idéalement, ils devraient être classés en deux catégories, ceux qui interviennent en état de sommeil profond et ceux des périodes de sommeil paradoxal, mais c’est impossible car les expérienceurs ne distinguent pas les uns des autres.

L’astronome et écrivain scientifique Camille Flammarion (1842-1925) avait rassemblé des milliers de témoignages d’expériences psychiques et particulièrement de rêves prémonitoires, publiés dans son livre “L’inconnu et les problèmes psychiques”. Ceux-ci révèlent souvent l’extrême précision des programmations de vie qui, sauf exceptions, se réalisent jusque dans les plus petits détails.

Ceci pose la question existentielle fondamentale du libre arbitre et donc de la responsabilité de l’individu.

Camille Flammarion

Une banale scène de rue à Paris, rapportée par M. Ed. Hannais (lettre 527) :

” J’allais au collège comme externe et, dans mon rêve, je me vis traversant la place de la République, à Paris, une serviette sous le bras, quand exactement en face les magasins du Pauvre-Jacques, un chien passa poursuivi par une bande de gamins qui  le maltraitaient.

J’en vis exactement le nombre, huit. Les employés commençaient à faire leur éventaire, une marchande de quatre saisons passait avec sa voiture pleine de fruits et de fleurs.

Le lendemain matin, me rendant au collège, je vis dans le même cadre, à la même place, la scène que j’avais vue en rêve. Rien n’y manquait : le chien courait dans le ruisseau, les huit gamins le poursuivaient, la marchande des quatre saisons remontait avec sa voiture, gagnant le boulevard Voltaire, et les employés du Pauvre-Jacques disposaient leurs tissus à la porte de leur magasin. ” (pages 530/531)

Une chute de bicyclette par Me Amédée Basset, notaire à Vitrac (lettre 640) :

“Je rêvai que faisant une course à bicyclette, un chien venait se jeter au travers de la route et que je tombais à terre, brisant la pédale de na machine. Le matin, je racontai la chose à ma mère qui, sachant combien d’habitude mes rêves sont exacts, m’engagea à rester à la maison.

Je résolus, en effet, de ne pas sortir, mais, vers 11 heures, au moment de nous mettre à table, le facteur apporta une lettre nous informant que ma sœur, qui demeurait. à environ 8 kilomètres, était malade. Oubliant tout à coup mon rêve, pour ne songer qu’à prendre des nouvelles de ma sœur, je déjeunai au galop et partis à bicyclette.

Mon voyage s’accomplit sans encombre jusqu’à l’endroit où je m’étais vu, la nuit précédente, roulant dans la poussière et brisant ma machine. A peine mon rêve avait-il traversé mon esprit qu’un énorme chien déboucha tout à coup d’une ferme voisine, cherchant à me mordre la jambe.

Sans réfléchir, je voulus lui envoyer un coup de pied mais au même moment je perdis l’équilibre et tombai sur ma machine dont  je brisai la pédale, réalisant ainsi mon rêve dans ses moindres détails.

Or, remarquez,  je vous prie, que c’était bien la centième fois pour le moins que je faisais ce trajet, sans que jamais j’eusse eu a déplorer le moindre accident. “

Précognition d’un combat lors de la guerre de 1870 par A. Régnier (lettre 548) :

Contrairement aux deux cas précédents dans lesquels il y a complète identité entre évènements rêvés et vécus, dans celui-ci la fin du combat vécue dans la réalité est heureusement moins dramatique que celle du rêve.

“C’était en 1869, au moment du plébiscite, une nuit j’ai en un rêve, pour mieux dire un cauchemar terrible. Dans ce cauchemar,  je me voyais soldat, nous avions la guerre, je ressentais tous les besoins de la vie militaire la marche, la faim, la soif ; j’entendais les commandements, la fusillade, le bruit du canon ; je voyais tomber des morts et des blessés à mes côtés, entendant leurs cris.

Tout à coup, je me trouvai dans un pays, dans un village où nous dûmes soutenir une attaque terrible de l’ennemi, et c’étaient des Prussiens, des Bavarois et des cavaliers (dragons badois) notez bien que jamais je n’avais vu de ces uniformes, qu’il n’était nullement question de guerre.

A un certain moment, je vis un de nos officiers monter dans le clocher du village muni d’une jumelle, pour se rendre compte des mouvements de l’ennemi, puis, redescendre, nous former en colonne d’attaque, faire sonner la charge et nous lancer en avant au pas de course, à la baïonnette, sur une batterie prussienne.

A ce moment de mon rêve, étant aux prises corps a corps avec les artilleurs de cette batterie, je vis l’un d’eux me porter un coup de sabre sur la tête, tellement  formidable, qu’il me la sépara en deux. C’est alors que je m’éveillai, sur ma descente de lit je ressentais une forte douleur à la tête. En tombant de mon lit, je m’étais heurté !a tête sur un petit poêle qui me servait de table.

Le 6 octobre 1870, ce rêve a été réalisé village, école, mairie, église ; notre commandant montant au clocher pour se rendre compte des positions de l’ennemi, redescendant et, au son de la charge, nous jetant à la baïonnette sur les pièces prussiennes. Dans mon rêve, à ce même moment, j’avais eu la tête fendue d’un coup de sabre ! Ici, dans la réalité, je l’attendais ; mais je n’ai reçu qu’un coup d’écouvillon (peut-être destiné à la tête) qui, par suite d’une parade, vint me frapper à la cuisse droite. ” (pages 542/543)

La précognition de la recette d’une pharmacie par Mr A. Comera (lettre 782) :

Ce rêve est intéressant car il comporte une précision chiffrée, le chiffre d’affaires d’une journée de la pharmacie, résultant d’une centaine de ventes, c’est-à-dire des actions conjuguées d’une centaine de clients :

“En 1867, j’étais à Bordeaux, à la tête d’une pharmacie que je venais d’ouvrir depuis quelques mois. Une nuit, je vis en songe le chiffre de 76 fr. 30 inscrit sur le livre de recette à la place où devait s’inscrire celle du lendemain.
Le lendemain, dans la matinée, je voyais ce chiffre si bien gravé dans mon esprit que je ne pus m’empêcher d’en parler à mon aide.
La recette ordinaire étant en moyenne de 45 francs, nous pensions que le chiffre 76 fr. 30 représenterait deux journées. Le travail dans la journée fut ce qu’il était les jours précédents, mais le soir nous fûmes débordés de monde. Enfin, à 10 heures et demie, après le dernier client (le centième au moins), je fis la caisse et j’y trouvai exactement 76 fr. 30.

M. Jaubert, de Carcassonne, à qui je racontai le fait, me fit remarquer qu’il avait fallu un concours d’esprits très nombreux : amener des clients, empêcher d’autres d’arriver, un caissier sûrement devait figurer dans les opérateurs. Je me souviens d’une circonstance. Une jeune dame, que je savais payant très mal, achetait, achetait, articles sur articles, elle semblait obéir à une inspiration. Enfin elle régla ! Cet acheteur était le dernier, sûrement il fallait son argent au caissier spirituel. ” (page 544)

Un tirage au sort pour le service militaire en 1874 par Me Alfred Cail, notaire (lettre 788):

” J’ai perdu mon père en 1865 et suis resté chef de famille avec deux frères moins âgés.
Le cadet, Aristide, né en 1853, faisait partie de la classe 1873, tirant au sort en 1874. Il n’avait point voulu préparer son volontariat, et s’en rapportait au hasard, pour faire soit six mois, soit cinq ans de service militaire actif. Cette alternative préoccupait beaucoup ma pauvre mère, qui m’en entretenait chaque fois que je me rendais auprès d’elle, à Nieuil-sur-l’Autise (Vendée), tous les dimanches, faisant alors mon notariat à Niort.
Tenant à assister mon frère comme père lors de son tirage au sort, le mardi, 10 février 1874, je partis de Niort, le lundi, pour Nieuil. Apres le dîner, où la conversation roula sur les chances du tirage au sort, j’allai me coucher vers dix heures.
La préoccupation sans doute me fit rêver, et je vis distinctement mon frère Aristide mettant sa main dans l’urne, retirant un numéro, et me montrant le chiffre considérablement agrandi de 67.
Réveillé en sursaut, j’allume ma bougie et regardant l’heure, je constate 3 heures du matin. En me levant à 8 heures, je fis part de mon rêve à ma mère, à mon frère, au garde-champêtre et aux conscrits de la commune, qui en rirent fort.
Mais à 3 heures de l’après-midi exactement, le même jour, au chef-lieu de canton Saint-Hilaire-des-Loges (Vendée), mon frère tirait de l’urne le fameux numéro 67, et me le montrait du même geste que dans le rêve de douze heures ; auparavant; et chose, également bizarre, le numéro 66 fut le dernier pris du contingent et fit cinq ans de service actif ; tandis que mon frère s’en tira avec six mois dans l’artillerie à Brest.” (pages 544/545)

Une scène banale rapportée par Mr Groussard, curé de sainte-Radegonde :

Ce témoignage, auquel était joint un schéma du lieu, rappelle l’extrême précision des programmations dans lesquelles les conversations rêvées sont vécues mot pour mot dans la réalité.

“J’étais en pension à Niort, j’avais quinze ou seize ans, et, une nuit, j’eus un singulier songe. Il me sembla être à Saint-Maixent (ville que je ne connaissais que de nom.), avec mon maître de pension, sur une petite place, auprès d’un puits en face duquel était une pharmacie, et voir venir à nous une dame de la localité, que je reconnus pour l’avoir vue une seule fois à Niort, dans la maison où j’étais.

Cette dame, en nous abordant, nous parla d’affaires que je trouvai si extraordinaires que, dès le matin, j’en fis part au patron. (On appelait ainsi le chef de l’institution.) Celui-ci, très étonné, me fit répéter cette conversation. Quelques jours après, ayant eu à faire à Saint-Maixent, il m’emmena avec lui. A peine arrivés, nous nous trouvâmes sur la place que j’avais vue en songe, aux deux points marqués ci-dessus, et nous vîmes venir à nous, au point posé plus bas, la dame en question, qui eu avec mon patron la conversation telle que je l’avais racontée, absolument mot à mot.” (page 518)