Le Dr Eugène Osty (1874-1938), qui fut chercheur en parapsychologie et directeur de l’Institut métapsychique international, a publié en 1913 l’étude du cas d’une précognitive, Mme M. , sous le titre de “Lucidité et intuition, étude expérimentale”. Ce cas résume le mode de fonctionnement des sujets qui ne manifestent leurs capacités de précognition qu’en état de conscience modifiée par un opérateur :

Eugène Osty

Portrait psychologique de Mme M. :

Eugène Osty décrit son sujet, Mme M. comme :

“émotive, sans excès, une personne intelligente, pondérée, sympathique, n’ayant rien d’une névropathe… Eveillée, elle n’est pas plus intuitive que la moyenne des femmes, elle a peu de pressentiments et ils ne valent pas plus que ceux d’une personne quelconque.” (page 11)

Mise en état de conscience modifiée de Mme M. :

Le processus de mise en état de conscience amplifiée d’un sujet est une précision technique très intéressante.

“Le moyen le plus rapide de mettre Mme M… en hypnose est la fascination. On la regarde fixement en lui tenant les poignets et, en moins d’une minute, son regard devient vague, puis ses paupières commencent à s’agiter et leurs battements se précipitent jusqu’au moment où, d’elles-mêmes, elles se ferment.

La respiration profonde et angoissée, tout d’abord, devient bientôt douce et régulière, les traits du visage se détendent et le sujet dort d’un sommeil qui ressemble absolument au sommeil naturel.Le temps total nécessaire pour obtenir ce sommeil artificiel est environ de deux minutes.” (pages 13/14)

La phase des questions posées :

Durant cette phase, le sujet n’est plus soumis à l’hypnotiseur ; après avoir demandé à celui-ci ce qu’elle doit voir, elle exprime ce qu’elle perçoit sans se laisser influencer par ses éventuelles suggestions, mais avec délicatesse devant des évènements difficiles.

“Si, par exemple, elle a la vision de la mort imminente d’un proche, au lieu de traduire simplement sa vision, elle dira :

“… Je vois une personne qui vous touche de près (description de cette personne), dont l’état de santé semble bon,… qu’on s’occupe d’elle…une maladie sérieuse et prochaine la menace, qui pourrait devenir mortelle !” (page 16)

Réponses réalistes ou symboliques :

Les réponses données peuvent être totalement réalistes, symboliques ou un composé des deux.

“Si Mme M. disait par exemple ceci :

“…Tous vos efforts pour aboutir dans cette entreprise ont été vains…” et qu’on lui demande pourquoi elle le dit.

“…Mais, répondra t’elle, je dis cela parce que je vous vois tourner autour sans pouvoir trouver une fissure pour y pénétrer”

L’idée de non-réussite ne peut évidemment pas être vue autrement que sous forme symbolique ” (page 27)

Trois ans d’étude d’une vingtaine de précognitifs :

Complémentairement à l’étude du cas de Mme M., le Dr Osty sélectionna et étudia une vingtaine de précognitives auxquelles il posa durant trois ans les mêmes questions afin de comparer leurs réponses :

“Pendant trois années, sans me lasser, j’ai procédé, pour des êtres de mon ambiance toute proche et surtout par rapport à moi-même, à une série ininterrompue d’expériences avec une vingtaine de sujets de tous genres, expériences aussi variées que possible : les unes à longs termes, portant sur des espaces d’une ou plusieurs années, les autres à échéances moins éloignées, quelques mois ou quelques semaines, d’autres enfin (et celles-ci avec Mme M… surtout), ayant trait à cette poussière de menus évènements dont est faite notre vie quotidienne.

De sorte que durant trois années, il n’y a eu aucun évènement tant soit peu saillant dans ma vie qui n’ait été matière à observation, qui n’ait apporté son témoignage pour ou contre la possibilité de la prédiction.

En raison de l’expérimentation de tous moments, trois années complètement employées dans ce but me semblent devoir donner quelque valeur à mon opinion sur les présages.

Eh bien, je n’hésite pas à affirmer que tous les faits qui ont peuplé ces trois années de mon existence, voulus par moi, ou indépendants de ma volonté ou même absolument contraires au sens de mon activité, m’avaient toujours été prédits, non pas tous par chacun des sujets lucides, mais tous par l’un ou l’autre d’entre eux.”  (pages 42/44)

Localisation dans le temps des évènements :

Osty aborde là une des principales difficultés de la précognition, la temporalité des évènements perçus :

“Il suffit, d’ailleurs, de connaître le procédé mental par lequel Mme M… situe un fait dans le temps, pour comprendre que, s’il lui est facile de le placer dans un des modes du temps, il lui est impossible d’en fixer le moment. (…)

Ainsi, les visions d’avenir se placeront toujours comme devant elle et d’autant plus près qu’elles représenteront des choses de réalisation plus prochaine.

 Celles du passé se placeront comme derrière elle et d’autant plus éloignées dans l’espace, qu’elles sont plus lointaines dans le temps.

 Les faits présents, c’est-à-dire de passé tout récent prendront place tout auprès d’elle, comme à ses côtés.

 Le sujet se compare à quelqu’un marchant sur une route. Devant ses yeux, et à des distances plus ou moins grandes, s’échelonnent les visions des évènements de l’avenir. En se retournant, elle apercevrait la perspective de tous les évènements vécus ; cependant qu’auprès d’elle, à ses côtés, est la zone de l’actualité…” (pages 52 et 53)

“(…) les visions des évènements s’échelonnent dans l’espace symbolique de l’avenir, suivant une véritable perspective optique, lui paraissant d’autant plus prochains qu’ils lui semblent plus proches d’elle. L’évènement lui semble tout près de se réaliser qu’elle voit comme à la portée de sa main et elle dit alors : “…c’est très prochain…, je le touche…, c’est une question de peu de jours…”

Rapports de temps au lieu de rapports de causalité :

Le Dr Osty remarque que Mme M. commet souvent des erreurs de date car elle perçoit comme groupés dans un temps restreint, des évènements uniquement liés par la causalité.

“Sachant cela, le lecteur ne s’étonnera plus quand il verra qu’à tous instants, de deux faits, l’un découlant de l’autre, et prédits pour la même époque, l’un se réalise, tandis que l’autre, des mois après, ne le sera pas encore. 

“En vérité, le premier de ces faits déterminera l’autre, mais à distance éloignée, cependant que, dans l’intervalle, beaucoup d’autres faits différents auront peuplé sa vie. Le sujet, en somme, a parlé de rapports de temps là où il n’aurait dû voir que des rapports de causalité.” (page 56)